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Le modèle américain.

Par  Georges VIDAL

Lycée Joffre-Montpellier.

E mail : georges.d.vidal@wanadoo.fr

 

Le modèle américain a dominé les représentations politiques, idéologiques et culturelles du monde occidental depuis la Seconde Guerre Mondiale. Cette hégémonie du modèle américain s’explique à la fois par la victoire militaire qui a validé son efficacité et sa légitimité, par la puissance économique qui lui a donné un rayonnement matériel à l’échelle mondiale et par le poids politique et militaire perçu comme la protection de l’Occident face à la puissance soviétique.

Cette influence considérable du modèle américain n’a pas suscité seulement l’admiration mais aussi d’importantes critiques, à l’image des nombreuses contradictions qui caractérisent ce système. Quelles sont les originalités, les forces et les contradictions de ce modèle ?

I La démocratie américaine.

Elle se caractérise avant tout par sa stabilité puisque la Constitution date de 1787, au lendemain de l’indépendance. Depuis quelques amendements. Cette Constitution a instauré un Etat fédéral et un régime présidentiel.

a) Un Etat fédéral.

Le pouvoir est organisé à 2 niveaux :

- au niveau local, le pays a été , à l’origine, divisé en 13 Etats, les ex 13 colonies. Avec l’extension territoriale du pays, les Etats sont aujourd’hui au nombre de 50 (le dernier Hawaii). Chaque Etat à sa constitution qui prévoit l’élection au suffrage universel d’un gouverneur (exécutif) et de 2 assemblées (législatif). Ces institutions sont compétentes dans le domaine de la justice, de la police, de l’éducation..........

- au niveau central, au dessus des Etats, le gouvernement fédéral installé à Washington est compétents dans les domaines militaires, diplomatiques et monétaire. Dans certains cas, il peut intervenir dans les affaires de chaque Etat et imposer des décisions particulières par des lois de caractère fédéral (création du FBI, contre la discrimination raciale, le droit à l’avortement...). Ce gouvernement central est dominé par le pouvoir présidentiel.

b) Un régime présidentiel.

Le pouvoir central est constitué de 3 ensembles :

- le pouvoir exécutif formé du Président, élu pour 4 ans au suffrage universel indirect (voir doc5 p161), et du cabinet (gouvernement). Ministres= secrétaires ; secrétaire d’Etat=vient après le Président dans la hiérarchie politique.

- le pourvoir législatif détenu par le Congrès qui est constitué de 2 assemblées élues au suffrage universel : le Sénat (2 élus par Etat) et la Chambre des représentants (le nombre d’élus est proportionnel à la population de chaque Etat).

- le pouvoir judiciaire représenté par la Cour suprême ; elle veille en particulier à l’application de la Constitution et arbitre les conflits entre Etats et Etat-fédéral. Ces décisions s’imposent à tous.

Parmi ces 3 pouvoirs, c’est celui du Président qui domine. Cette prédominance repose sur plusieurs prérogatives particulières :

- il est à lafois chef de l’Etat et chef du gouvernement. De ce fait, il est le chef des armées et de la diplomatie ; il choisit les secrétaires du cabinet. Le président et le gouvernement ne sont pas responsables devant le Congrès qui ne peut les renverser. Le Président détermine la politique générale du pays et dirige l’administration ; il nomme et révoque les hauts fonctionnaires.

- il dispose d’un droit de veto si le Congrès vote une loi contraire à sa politique.

- il désigne les nouveaux membres de la Cour suprême

Cependant plusieurs limites restreignent les pouvoirs du Président :

- il ne peut exercer que 2 mandats

- seul le Congrès a l’initiative des lois.

- un veto du Président peut être tourné par un vote du Congrès à la majorité des 2/3.

- le Congrès peut refuser certains crédits au Président.

Par conséquent, quand les 2 assemblées sont dominées par une majorité d’opposition au Président, celui-ci n’a plus qu’une marge de manoeuvre limitée. Cette situation est très fréquente du fait des caractéristiques de la vie politique américaine.

c) une société peu politisée.

4 grandes caractéristiques distinguent la vie politique du pays :

1) le bipartisme : deux grands partis, créés au XIXème dominent la vie politique dont le temps fort reste l’élection présidentielle :

- le parti républicain est le parti des WASP. Très implanté dans le N.E mais aussi dans le Centre et dans l’Ouest, il recrute ses dirigeants dans la bourgeoisie et trouve sa base électorale dans les classes moyennes. Il est politiquement conservateur et partisan du libéralisme.

- le Parti démocrate est moins homogène ; créé à l’origine dans le sud conservateur, il a réussi à s’implanter dans le Nord industriel en se liant au syndicat. Se présentant comme le défenseur des ouvriers, il est partisan de " l’ Etat Providence " ce qui lui vaut le soutien des minorités ethniques et des classes moyennes progressistes.

En fait, au delà des principes affichés, ces partis au pouvoir ont mené des politiques très semblables et affichent des programmes flous et très voisins. De plus, ce sont avant tout des machines électorales qui semblent se dissoudre en dehors des périodes d’élections ; les campagnes électorales ressemblent d’ailleurs plus à des kermesses qu’à des initiatives politiques. D’où un désintérêt des Américains pour la vie publique.

2) Une participation électorale historiquement faible , même aux élections présidentielles où environ la moitié des électeurs s’abstient. Aux élections au Congrès, la participation est nettement inférieure à 50%.

3) le rôle essentiel tenu par la presse, à tel point qu’elle a été baptisée le 4ème pouvoir. Cette particularité américaine est devenue évidente en 1974 quand le Président Nixon fut obligé de démissionner à la suite du scandale du Watergate qui éclata à la suite d’une campagne de presse. De même, les risques de destitution du Président Clinton sont largement liées aux prises de position des journaux.

4) l'influence très importante des groupes de pression appelés lobbies (sociétés industrielles ou financières, syndicats, défenseurs des armes à feu, groupes religieux......). Très puissants, ils financent en grande partie la campagne électorale des candidats qui se sont engagés à tenir compte de leurs demandes. Ce rôle politique des puissances d’argent est un des aspects du libéralisme.

 

II Le libéralisme, clé du " rêve américain " ?

L’idéologie dominante repose sur l’idée que la société doit favoriser l’individualisme ; la plupart des Américains pensent que tout le monde peut réussir à condition de le mériter par son travail, sa vertu..... La réussite se mesure alors à la capacité de gagner de l’argent. Pour réussir, chaque individu doit être libre d’agir dans le cadre des lois du marché. Ce point de vue appelée libéralisme prétend que l’exercice de la liberté économique nécessite que l’Etat n’intervienne pas dans l’économie.

a) La libre entreprise et le désengagement de l’Etat.

En principe, l ‘économie repose sur la libre entreprise et la non-intervention de l’Etat dans le domaine économique. De ce fait, la concentration est devenue importante dès la fin du XIXème et le gouvernement a fait une première grande entorse aux principes libéraux en faisant appliquer des lois anti-trust pour que " la concurrence ne tue pas la concurrence ".

Ensuite, avec la crise économique des années 30, l’intervention de l’Etat s’est accrue avec l’application du New Deal par le President démocrate Roosevelt. Les bases de l’Etat-Providence sont ainsi mises en place. Après la Seconde Guerre Mondiale, le Président démocrate Truman complète cette politique par des mesures en faveur des salariés, en particulier dans le domaine social. Cependant aux E.U, le rôle de l’Etat reste plus limité que dans la plupart des autres pays développés(voir cours de géographie). De ce fait, la pression fiscale est restée moins élevée aux EU (27% contre une moyenne de 38% dans l’OCDE).

Malgré cette particularité américaine, les années 80 ont été marquées par une nouvelle orientation impulsée par le Président républicain Reagan. : diminution des dépenses publique (sauf dans le domaine militaire) et des responsabilités de l’Etat dans le domaine social et économique pour parvenir à une diminution des impôts. Cette volonté de démantèlement de l’Etat Providence a accru certaines faiblesses du système américain.

b) L’envers du libéralisme.

Malgré la fin de la ségrégation raciale, l’intégration des noirs reste difficile. En 1954-1955, sous la présidence républicaine du général Eisenhower, la Cour suprême condamne la ségrégation dans l’enseignement puis les transports. En 1964-1965, le Président démocrate Johnson fait voter des lois interdisant toute discrimination dans les lieux publics et accordant l’égalité politique aux noirs. Mais malgré une politique d’aides, la discrimination reste une réalité sociale et économique puisqu’actuellement le revenu moyen des familles noires représente 58% de celui des familles blanches ; les noirs sont les premières victimes de la pauvreté.

La pauvreté qui avait fortement reculée durant les Trente Glorieuses a fortement progressé du fait des difficultés économiques et de la politique néolibérale de R Reagan et de ses successeurs. Elle touche 14% des américains (et 30% des noirs), affectant surtout les noirs, les femmes seules et les autres minorités ethniques. Cette évolution explique en partie l’explosion de la délinquance qui touche surtout les quartiers déshérités des villes : En proportion de la population il y a 10 fois plus de meurtres aux EU qu’en Europe et 7 fois plus de prisonniers dont plus de 2000 sont des condamnés à mort. La société américaine reste marquée par la violence (ex du Texas).

Au niveau scolaire, l’école publique manque de moyens et les classes y sont surchargés ; le taux d’échec est de ce fait très élevé. Par contre, les classes moyennes envoient leurs enfants dans des écoles privées payantes où les conditions de travail sont satisfaisantes. L’Université est d’un accès très coûteux. Dans le système éducatif, la sélection se fait donc par l’argent ce qui assure la reproduction sociale.

De même, la Sécurité sociale étant très insuffisante, les Américains doivent s’assurer dans des sociétés privées. De ce fait, 37 millions de personnes n’ont aucune couverture sociale. L’existence de cette misère de masse nuit au prestige du modèle américain.

 

III Rayonnement et contestation du modèle américain.

a) Puissance matérielle et hégémonie culturelle.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’influence américaine, en rupture avec la tradition isolationniste, prend un caractère international qui ne cessera de s’étendre jusqu’à nos jours, en particulier du fait de la décolonisation puis de la désintégration du bloc soviétique.

Cette influence combine une dimension politique, économique, technologique et culturelle dont le succès s’appuie sur les éléments suivants :

- la puissance militaire colossale, toujours incontestée, et la présence d’importantes bases sur tous les continents.

- l'implantation planétaire des multinationales dont beaucoup axent leur publicité sur leur identification au modèle culturel américain (Coca Cola, Mac Donald.......).

- culture de masse avec une énorme production cinématographique et télévisuelle qui domine de manière écrasante le marché mondial.

- la maîtrise des activités informatiques. Il n’ont pas de concurrents sérieux dans le domaine de la production d’ordinateurs, de logiciels. La plupart des grandes banques de données sont américaines. Ils ont mis en place le système de communication Internet.

- la recherche scientifique américaine reste de loin la première du monde.

- l’arme alimentaire a été, du fait de l’énorme production agricole, en particulier céréalière, un moyen de pression sur de nombreux pays du Tiers-monde jusqu’au début des années 80. Mais du fait de la montée de la concurrence, elle a beaucoup perdu de son importance.

- Depuis les accord de Bretton Woods, le $ reste la seule véritable monnaie internationale. Le marks et le yen n’ont guère entamé sa prépondérance.

- la suprématie de l’Anglais comme langue internationale reflète l’influence mondiale des EU. Le déclin du français est net depuis 1945 et le recul brutal du russe à la suite de l’éclatement du bloc de l’Est a profité exclusivement à l’Anglais.

b) Un modèle contesté.

La contestation du modèle américain est très diverse à travers le monde. On peut distinguer 4 grandes sources différentes de contestation :

- la source communiste soviétique qui a atteint sa maturité durant le Guerre froide avec la doctrine Jdanov (voir cours concerné). Cette source n’existe quasiment plus.

- la source tiers-mondiste qui critique la domination politique et économique des E.U et en particulier la dictature du dollar.

- la source arabe qui reproche aux EU son soutien permanent à Israël et leurs recours à la force contre les gouvernements arabes qui leur déplaisent. La guerre du Golfe et l’embargo contre l’Irak a renforcé cette contestation.

- la source européenne qui critique l’individualisme américain mais aussi son impérialisme culturel du fait de l’invasion de produits culturels de bas niveau exportés massivement par les EU. Les européens considèrent aussi souvent que les américains sont convaincus de la valeur universelle de leur modèle et voudraient le voir adopté par les pays d’Europe.

 

Conclusion : Dans l’ensemble, le modèle américain n’a pas pleinement profité de la désintégration du modèle soviétique ; on peut considérer qu’il a atteint son apogée au début des années 60 au moment où il combinait avance et prospérité économique, augmentation généralisée du niveau de vie, réduction de la discrimination raciale, " leader-ship " du monde occidental dans un contexte général de détente internationale.

Puis la guerre du Viêt-nam, le développement de la contestation noire et étudiante, ensuite la crise économique et les échecs internationaux des années 70 ont entraîné un déclin relatif du modèle. Aujourd’hui, les contradictions du système américain, combinées pourtant au maintien de sa puissance, font des EU un modèle écorné qui laisse transparaître une large part d’ombre.


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