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Niveau TERMINALE, géographie, cours

L’Allemagne, une puissance ascendante

Une série de 3 leçons

Par  Georges VIDAL


3ème leçon : la dynamique territoriale allemande.

(Les références aux documents renvoient au Hatier)

Les passages en italique sont extraits du Magnard- mai 1998. La page indiquée après la citation renvoie à la page de ce manuel.)

 

Le territoire allemand est très densément peuplé mais cette population connaît une répartition inégale qui reflète une mise en valeur économique différenciée. En effet, la R.F.A., à partir de l’après-guerre, s’est structurée autour de l’axe rhénan, cœur de la mégapole européenne. Depuis la réunification, le centre de gravité de  l’Allemagne s’est déplacé vers l’Est. L’Ouest rhénan conserve son impressionnante masse humaine et économique, tandis que le sud de l’Allemagne connaît un fulgurant développement.) Ces régions constituent l’Allemagne forte. A ce cœur, s’oppose une périphérie au Nord et à l’Est (ex-R.D.A.) (p224. Comment évolue aujourd’hui la dynamique spatiale en Allemagne ?

 

I Une occupation humaine très dense et à prédominance urbaine.

a) De fortes densités.

L’Allemagne a connu au XIXème siècle une très forte croissance démographique en triplant sa population(.p226) En 1938, elle comptait 69 millions d’habitants contre 38 en France. Cependant, la crise des années 30 et la guerre ont brisé cet essor. Si l’Allemagne occupe aujourd’hui le 12ème rang dans le monde pour la population et le 1er en Europe après la Russie avec 82 millions d’habitants, c’est parce qu’une importante immigration a permis une augmentation de  la population. De ce fait, la densité moyenne du peuplement est élevée avec 230 hts/km².

La réunification a entraîné des modifications dans la répartition du peuplement : les Länder du Sud voient leur population augmenter par soldes migratoire et naturel positif. Par contre, les Länder de l’Est continuent de se dépeupler par émigration et dénatalité.(p226)

Il n’y a pas en Allemagne de désert démographique,(p226) en particulier parce que l’exode rural n’a pas vidé les campagnes ; celles-ci ont été associées à la dynamique urbaine, en particulier par la diffusion de l’industrie qui a contribué à fixer une partie de la population. De plus, les départs depuis les grandes villes contribuent à vivifier les petites villes.(p226)

b) Une urbanisation diffuse et de puissants ensembles urbains. (doc13 p177)

13 millions d’Allemands vivent aujourd’hui dans 13 villes de plus de 500 000 habitants et au total 85% de la population est citadine. Pas de villes géantes comme Paris ou Londres mais un semis très dense de grandes villes bien réparties sur le territoire. Le réseau urbain est donc multipolaire reflétant ainsi l’organisation fédérale décentralisée du pays. De ce fait, les différents flux ne convergent pas vers un point privilégié comme en France.

Le paysage ordonné des villes allemandes témoigne de la réussite d’une planification urbaine qui s’est efforcée de maîtriser la croissance de villes souvent très proches(p226).

3 constellations urbaines se dessinent dans lesquelles les grandes villes sont à la fois rivales et complémentaires:

- la première est constituée par le noyau central de la grande Mégalopole européenne. De direction méridienne, cet ensemble urbain s’appuie sur le Rhin et s’étire de Stuttgart jusqu'à la région Rhin-Ruhr (4,6 millions d’habitants) en passant par Mannheim et Francfort.

- un second ensemble urbain, plus lâche, s’étire entre Hanovre et Magdebourg.

- le troisième est constitué par la Saxe avec Dresde, Leipzig et Chemnitz.

Plus à l’écart, prospèrent 3 métropoles millionnaires : Berlin, la capitale (3,5 millions d’hts), Hambourg et Munich. Cette répartition recoupe largement les déséquilibres de la dynamique spatiale.

 

II L’Allemagne " solide ".de la " dorsale " rhénane. (doc4 p201)

C’est celle du " miracle " économique, celle qui finance le coût de la réunification. Elle comprend 2 ensembles.

a) La richesse du Sud.

Elle a connu depuis la fin des années 60 une croissance sans précédent fondée sur l’industrie; elle a développé toutes les branches industrielles.(p230)

A l’Ouest, le Bade-Wurtemberg est le Land le plus riche d’Allemagne. Très urbanisé, il s’organise autour de Stuttgart qui rayonne sur une nébuleuse de villes moyennes. Cette région est réputée pour le dynamisme de la recherche ; elle est le siège de plusieurs des plus grandes entreprises allemandes (Daimler-Benz, Bosch, Porsche) et de nombreuses firmes étrangères y sont implantées (I.B.M. , Packard Bell).

Plus au Sud, la Bavière est dominée par sa capitale historique, Munich. Elle a profité de l’effacement de Berlin après 1945 (transfert de Siemens) et a su fixer des industries de haute technologie (B.M.W., D.A.S.A., complexe militaro-industriel). C’est une place financière importante(p230), en particulier du fait de la présence d’Allianz, 2ème groupe d’assurance européen (les Lloyds de Londres sont les premiers en Europe et dans le monde). C’est aussi un grand centre scientifique (85000 étudiants) et une ville touristique avec une vie culturelle très riche.

b) La force du monde rhénan.

Structurant un très dense réseau de canaux depuis le XIXème, le Rhin, resté un axe de circulation intense, est la colonne vertébrale de la Mégalopole européenne ; les villes s’y agglutinent en grappes : Mannheim avec l’usine B.A.S.F. , la plus grande d’Europe, puis Francfort sur la Main, le grand carrefour allemand. Son rayonnement est aujourd’hui mondial, en particulier c’est un des pôles de la finance internationale avec l’Institut monétaire européen, la Bundesbank, les 3 grandes banques allemandes et plus de 300banques étrangères.(p230)

Plus au Nord commence la région Rhin-Ruhr, l’une des grandes conurbations du monde : 11 millions d’habitants, des dizaines de villes de plus de 100 000 hts dont 4 dépassent 500 000 hts.(p230) Cologne (1 million d’hts) est une grande place commerçante ; à proximité, Duisbourg, premier port fluvial du monde, est la porte de la Ruhr qui est le plus grand bassin charbonnier et sidérurgique d’Europe.(p230) En 20 ans , la production a chuté mais le bassin s’est activement reconverti (automobile, mécanique, électronique). Voisine, la Sarre suit modestement et plus difficilement son exemple, car plus en retrait, elle appartient déjà à l’Allemagne marginalisée.

 

 

II L’Allemagne en marge.

2 types de périphéries apparaissent nettement : une périphérie solidement reliée à la dorsale et la périphérie en grande difficulté de l’ex-R.D.A..

a) La périphérie intégrée.

La Sarre, en profitant de la proximité de l’axe rhénan, fonde sa reconversion sur l’industrie automobile et la machine-outil.

L’Allemagne du Nord est une grande plaine agricole, généralement mise en valeur par de petites propriétés familiales. La façade maritime est dominée par Hambourg (1 ,7 million d’hts) situé au fond de l’estuaire de l’Elbe.6ème port mondial, c’est un pôle industriel majeur (raffineries, agro-alimentaire et aéronautique avec Airbus) et une place financière et commerçante majeure qui dispense ses services sur toute l’Allemagne du Nord(p232)(voir p193). D’autres ports, eux aussi héritiers de la tradition hanséatique, ont atteint une certaine importance (Brême, Kiel......)

Isolée à l’est de l’Allemagne, Berlin (3,7 millions d’hts) fut le symbole de la division. Bien que promue capitale de l’Allemagne réunifiée et bénéficiant de très importants investissements pour sa rénovation et son développement, sa renaissance ne va pas de soi(p232). Ces difficultés s’expliquent par sa localisation en plein cœur de l’ex-R.D.A. qui fait de Berlin un espace de contact et de transition entre les 2 Allemagnes.

b) La périphérie à intégrer.

Après l’effondrement de l’économie est-allemande à partir de 1989 , la reconstruction est lente ; la lutte contre la pollution s’intensifie, le parc de logements est rénové l’infrastructure de transport est améliorée (doc9 p203).Après plusieurs années de recul, la croissance du P.I.B. est devenue rapide (11% /an en moyenne contre 4,6% à l’Ouest) et il atteint maintenant 51% de celui de l’Ouest, contre 31% en 1991. Le montant des investissements augmente, mais le chômage reste très élevé.

Du fait du coût de la main d’œuvre, les industriels ont moins investi qu’en Pologne ou en Hongrie, mais des opérations importantes ont été menées. Par exemple, construction par Opel, d’une usine ultramoderne à Eisenach, Volkswagen à Mosel et Zwickau . Mais il reste à reconvertir les grands bassins d’exploitation du lignite où continue de fonctionner de grandes usines chimiques très polluantes.

Vers le Sud, 2 grandes villes équilibrent l’influence de Berlin.(p232) Leipzig, au cœur d’un riche bassin agricole, forme un ensemble urbain d’1 million d’hts. Carrefour autoroutier, doté d’un nouvel aéroport, elle fait figure de centre dynamique ; le groupe bavarois Quelle vient de s’y implanter.

Plus au Sud, Dresde souffre d’une position excentrée.(p232) Centre administratif, elle tente de reconstruire son patrimoine baroque en très grande partie détruit en 1945.

Conclusion : L’Allemagne d’aujourd’hui est marquée par une nette opposition Ouest-Est. Dans sa partie Ouest, correspondant au territoire de la seule R.F.A. jusqu’en 1989, les inégalités et les différenciations spatiales existent, mais de façon atténuée : il n’y a pas de forts contrastes. Par contre l’Est se différencie nettement par un revenu par ht de 50% inférieur à celui de l’Ouest, un niveau de pollution très élevé, un niveau de chômage presque 2 fois supérieur........Même si les écarts ont tendance à s’atténuer, ils vont marquer encore longtemps l’évolution de l’Allemagne. On peut penser d’ailleurs que les clivages entre Allemands de l’Est et de l’Ouest vont être amenés à s’aggraver, surtout si les financements publics venus de l’Ouest diminuent, ainsi que le demande de plus en plus la majorité de l’opinion publique.