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Niveau TERMINALE, géographie, cours

L’Allemagne, une puissance ascendante

Une série de 3 leçons

Par  Georges VIDAL


2ème leçon :La 3ème puissance mondiale

 

(Les références aux document renvoient au Hatier)

Les passage en italique sont extraits du Magnard- mai 1998. La page indiquée après la citation renvoie à la page de ce manuel.)

Au premier rang en Europe et au 3éme dans le monde, l’économie allemande reste orientée vers les activités productives ; l’industrie reste donc à la base de sa puissance.

Longtemps citée comme un modèle parce qu’elle combinait forte croissance et prospérité avec un haut niveau de vie moyen, elle a été fragilisée par le double choc de la réunification et de la mondialisation. L’Allemagne est devenue une terre de chômage qui connaît maintenant doute et inquiétude. Pourquoi une situation aussi contradictoire et quelles perspectives d’avenir pour l’Allemagne ?

I Le colosse industriel de l’Europe.

a) La 3ème industrie du monde.

L’industrie fournit 37% du P.N.B. et de l’emploi, une part équivalente à celle du Japon, mais très supérieure à celle de la France et des E.U. Le capitalisme allemand est donc resté très orienté vers les activités productives. De ce fait, les impératifs industriels dominent l’organisation sociale, imprègnent les mentalités et les modes de vie, en dépit d’une tertiairisation rapide de la société  (doc.6 p187)

Spécialisée dans les biens d’équipement et les produits de consommation de haute valeur, très liée au marché extérieur, l’industrie allemande s’adapte constamment à la demande mondiale. (p210) Ses principaux points forts sont : la machine-outil, la chimie, la pharmacie, l’automobile....

Même si la 1ère ville industrielle est Berlin suivie par Munich, le cœur du système industriel allemand est constitué par la Ruhr et par les régions Rhin-Main (Francfort), Rhin-Neckar (doc10 p189).

De grands groupes , les Konzerns, dominent l’appareil économique (doc7 187). Nés à la fin du XIXème, ils sont fortement diversifiés et internationalisés. Par exemple, Thyssen, numéro 1 dans la sidérurgie, fabrique des machines-outils, des usines-clés en main et investit actuellement dans les télécommunications. Dans chaque branche des groupes sont en concurrence : (p210) Bayer, Hoechst et B.A.S.F. dans la chimie, Volkswagen, B.M.W. et Daimler-Benz dans l’automobile.

Les P.M.E. tiennent-elles aussi une place importante ; souvent exportatrices, en général à structure familiale, elles regroupent 45% des emplois industriels. Elles constituent donc un des aspects de la réussite industrielle.

b) Les facteurs de la réussite allemande.

Ils sont principalement au nombre de 3 :

- La haute technicité qui depuis un siècle repose sur une liaison étroite entre recherche et industrie. De puissants organismes de recherche, financés à la fois par l’Etat et par les firmes ont acquis une renommée internationale.(p210) Par exemple, la Max Planck Gesellschaft.

- L’Etat qui détermine et finance de lourds programmes de recherche, intervient :

- Les relations très étroites industries- banques qui sont plus fortes en Allemagne que dans tous les pays industrialisés. Les 3 principales banques (Deutsche Bank, Dresdner Bank, Commerbank) ont de fortes participations dans l’industrie ce qui leur donne un pouvoir de contrôle sur la plupart des grandes firmes.. Par exemple, la Dresdner Bank contrôle 28% de Daimler Benz.

Cette réussite industrielle s’est traduite par une très forte pénétration sur le marché mondial.

II Une puissance commerciale et financière exceptionnelle.

a) Le deuxième commerce extérieur du monde.

La moitié des échanges se font avec l’U.E. et ils s’accroissent très vite avec l’Asie. Depuis 1951, l’Allemagne enregistre des excédents commerciaux qui sont devenus très forts durant les années 80, période durant laquelle elle a dépassé les E.U. pour devenir le premier exportateur mondial. Durant les années 90, les E.U. ont repris la 1ère place et l’Allemagne occupe maintenant la 2ème.

Cependant, la balance des paiements est traditionnellement déficitaire en raison des sorties de fonds effectuées par les travailleurs étrangers, des transferts nets pour financer l’U.E (p212) mais surtout à causes des dépenses touristiques à l’étranger car les Allemands sont devenus de grands voyageurs grâce à un pouvoir d’achat élevé du fait de la valeur du Mark.

b) Le financier de l’Europe.

Créé en 1948, le deutschemark est devenu une des monnaies fortes du monde. Le D.M. est la deuxième monnaie de réserve et de change après le dollar.(p212) De ce fait, les Allemands paient en grande partie leurs importations en D.M..

Pour défendre la valeur du Mark et empêcher l’inflation, la Bundesbank (banque centrale d’Etat) impose à l’Europe sa politique de taux d’intérêts élevés.(p212) L’Allemagne domine le processus de mise en place de la future monnaie européenne ; elle la veut aussi solide que le Mark ; de ce fait, les statuts et l’objectif principal du futur système européen s’inspirent de ceux de la Bundesbank. Mais nombres d’Allemands s’inquiètent de la dissolution du D.M. dans l’Euro. Cette inquiétude se greffe sur un malaise plus général.

 

III Le malaise allemand.

a) Une société en proie au doute.

Pour la première fois depuis 1945, l’Allemagne redevient un pays de chômage massif (p214) avec un taux actuel de 12% dans l’ensemble du pays. Les Länder de l’Est (ex-R.D.A.) sont de loin les plus touchés avec un taux d’environ 20%.

Le vieillissement de la population est aussi une source d’inquiétude (p214): le " baby boom " a été modéré puis la fécondité a chuté assez tôt pour atteindre le chiffre de 1,3. L’âge moyen de 39 ,5 ans est le plus élevé d’Europe, ce qui fait de l’Allemagne le pays le plus vieux d’Europe. L’immigration n’a fait que limiter cette évolution . Le financement des retraites s’avère problématique : on comptera dans trente ans 71 retraités pour 100 actifs, contre 35 aujourd’hui.(p214) Cette contradiction montre une des limites de l’économie sociale de marché.

D’autres se manifestent également : du fait des difficultés sociales et surtout du coût de la réunification, le déficit budgétaire est devenu élevé et continue d’augmenter. La protection sociale menace d’être réduite, tandis que le patronat considère que le coût de la main d’œuvre est trop élevé (doc12 p191). Le nombre de grèves et de manifestations en hausse montre cette dégradation du consensus allemand tandis que dans les Länder de l’Est le sentiment est très répandu que les habitants de l’ex- R.D.A. sont des " citoyens de 2ème classe " dans une Allemagne à 2 vitesses.

b) une Allemagne à 2 vitesses.

En effet, l’euphorie des premiers temps de la réunification a laissé la place à la désillusion. Les Allemands de l’Est apprécient la liberté retrouvée mais ils regrettent certains de leurs avantages sociaux et une certaine façon de vivre dans l’ex-R.D.A. Tandis que les salaires restent en moyenne inférieur de 2O% à ceux de l’Ouest pour un temps de travail moyen nettement supérieur, les Länder de l’Est ont vu disparaître avec les combinats et les coopératives l’organisation sociale qu’elles assumaient : crèches, formation professionnelle, vacances pour les travailleurs agricoles.....L’introduction du marché a rompu les solidarités tandis que la réunification était perçu comme brutale, vécu comme une absorption, voire une colonisation. En particulier, l ‘administration a été épurée selon des critères souvent arbitraires, des universités fermées, les activités culturelles de qualité se sont effondrées faute de financement......

Les femmes sont les grandes perdantes de la réunification (p214); la R.D.A avait lancé une politique très volontariste destinée à encourager la natalité : réseau dense de crèche de qualité, salaire pendant les 2 ans de congé de maternité......Ces avantages ont disparu ; de plus les femmes sont maintenant les premières victimes du chômage. De 12% en 1989 le taux de natalité s’est effondré à 5% .Cette division de fait de l’Allemagne est une hypothèque pour l’avenir.

c) Les défis du XXIème siècle.

Le " modèle allemand " mis en place durant les 4 décennies qui ont suivi la guerre semble aujourd’hui ébranlé à la fois par la réunification et par la mondialisation. Conséquence : sa compétitivité s’est émoussée et sa production industrielle a baissé de 4% entre 1990 et 1996, pendant que celle des E.U. augmentait de 17%. Quels sont les handicaps en cause ?

Découlant de ces handicaps, 2 problèmes particuliers se sont amplifiés :

Face à la montée de ces difficultés, l’Allemagne a entrepris un effort d’adaptation.

d) un effort d’adaptation.

L’Etat mène une politique libérale :

- il se refuse à tout protectionnisme.

- les entreprises publiques sont privatisées (Lufthansa....)

- les réformes de la fiscalité, des retraites, de la protection sociale destinées à réduire les charges de s entreprises sont mises en place mais se heurtent à une forte opposition de la population.

Les entreprises ne délocalisent pas systématiquement, mais elles rationalisent la production ; les compressions sont sévères et entraînent de nombreux licenciements.(p216). Les firmes deviennent très exigeantes avec les sous-traitants. Par exemple, Volkswagen a exigé de ses fournisseurs une baisse des prix de 10% sous 8 jours.

Les syndicats sont restés puissants mais leurs effectifs ont tendance à baisser. Les négociations avec le patronat se multiplient sur la " flexibilité " du travail ; en échange, les syndicats cherchent à obtenir des garanties pour l’emploi.

Par ailleurs, l’Allemagne conserve un certain nombre d’atouts : la stabilité monétaire, la puissance des banques, des syndicats influents qui limitent les conflits sociaux, une main d’œuvre qualifiée et la réputation de grande qualité de la production .

 

Conclusion : L’Allemagne de 1999 reste une très grande puissance économique qui fait toujours preuve de dynamisme pour s’adapter à la mutation de la réunification et aux contraintes du marché mondial. Cependant les années 90, resteront pour l’Allemagne non seulement celle de la rupture avec les séquelles politiques de la Seconde Guerre Mondiale puis de la Guerre froide ; mais aussi celles de la fin de " miracle allemand " hérité des " Trente Glorieuses ".