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Niveau TERMINALE, géographie, cours

L’Allemagne, une puissance ascendante

Une série de 3 leçons

Par  Georges VIDAL


1ère leçon :De la division à la réunification

(Les références aux document renvoient au Hatier)

 

De 1945 à 1989, la République Fédérale Allemande a réussi à devenir un grand de l’économie mondiale. Puis la réunification de 1990, la 3ème  de l’histoire allemande, est un événement majeur : placée au coeur de l’Europe, l’Allemagne devient alors incontestablement la première puissance du contient ; en effet, pendant que l’U.R.S.S. éclate, entraînant un effondrement de l’influence russe en Europe de l’Est, la France voit son rang à l’Ouest diminuer face à une Allemagne de 82 millions d’habitants qui, son unité retrouvée, échappe à sa condition de vaincu et retrouve de ce fait une certaine stature internationale.

Mais cette réunification, tout en confortant la puissance économique, démographique et politique du pays, n’a-t-elle pas affaibli les bases de sa réussite et mis à l’épreuve le modèle d’organisation allemand hérité des " Trente Glorieuses "?

 

I L’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale (doc1 p171)

Durant le XXème siècle, l’Allemagne a connu une grande instabilité territoriale (Traité de Versailles, annexions hitlériennes). La défaite de 1945 a sur ce plan là 2 conséquences :

- d’importantes pertes territoriales.

- les vainqueurs décident que le pays vaincu sera occupé par les armées des 4 principales puissances alliées.

Ensuite, avec la Guerre froide, le pays est coupé en 2 Etats : la R.F.A. et la R.D.A..

a) La RFA face à l’Est, une vitrine du capitalisme.

La R.F.A. est organisée en Etat fédéral, divisé en Länder, doté d’un régime démocratique. En 40 ans, la R.F.A. est passée de la position de pays dévasté au rang de troisième puissance économique mondiale. Cette évolution a été qualifiée de " miracle allemand ". La prospérité économique a été réalisée selon les principes de l’économie sociale de marché. Economie de marché car la libre entreprise est de règle et le rôle de l’Etat limité ; économie sociale car elle donne une grande place à la concertation entre partenaires sociaux et les entreprises fonctionnent selon le principe de la cogestion(patronat, syndicats....). De plus, la protection sociale et le droit du travail sont très étendus. Bien que les syndicats soient très puissants, les grèves sont rares car pour se faire entendre les salariés ont rarement besoin d’arrêter le travail.

De ce fait, la réussite allemande est apparue comme un modèle, fondé sur un consensus social qui semble être le support de la puissance économique. Par conséquent, le capitalisme allemand apparaît très différent du capitalisme américain. L’Etat joue un rôle discret mais il intervient massivement dans les secteurs (charbonnage, agriculture) et les régions en difficulté. Le système mis en place en R.D.A.est tout à fait à l’opposé.

b) La RDA, bastion avancé du socialisme.

En R.D.A., le régime du parti unique domine un Etat centralisé (sans Länder) tandis que l’économie est organisée selon le modèle soviétique d’économie dirigée par l’Etat et planifiée. Les firmes sont regoupées en immenses combinats. Jusqu’aux annéex 70, la croissance est importante ; même si le niveau de développement reste inférieur à celui de la R.F.A., la R.D.A. figure parmi les pays les plus industrialisés du monde avec des soins médicaux gratuits, une vie culturelle intense..... Mais les difficultés économiques d’un système trop rigide s’accroissent, aggravées par la crise économique qui touche les pays capitalistes à partir de 1973. Le mécontentement augmente, le gouvernement durcit la répression. Quand le bloc de l’Est entre en crise ouverte en 1989 , le régime est très affaiblit et discrédité.

II L’Allemagne de la réunification.

La réunification de 1989-1990 est la 3ème de l’histoire allemande après celle qui a été réalisée au Moyen-âge avec la formation du Saint-Empire romain germanique et après celle de 1871, œuvre de la Prusse bismarkienne.

Cette 3ème unification a 2 grandes caractéristiques :

1) Elle s’est déroulée rapidement et pacifiquement, sans intervention étrangère.

2) Elle a permis à l’Allemagne de retourner à sa pleine souveraineté et de retrouver un rôle majeur en Europe.

a) le processus de réunification.

La forte contestation en R.D.A. aboutit à la " chute " du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 (voir cours d’Histoire). Le chancelier H KOHL décide d’organiser une unification très rapide par absorption de la R.D.A.. Neuf mois plus tard, le Traité d’unification sanctionne l’intégration définitive de la R.D.A à la R.F.A. (doc3 p171).

Dans un premier temps, a été réalisée l’Union économique et monétaire, le Deutschmark étant mis en circulation dans l’ex-R.D.A. Du fait d’une épargne assez importante, les Allemands de l’Est bénéficient d’un pouvoir d’achat inespéré et se ruent sur les produits de consommation venus de l’Ouest. Ce phénomène renforce l’adhésion au processus d’unification d’une grande partie de la population. Mais en même temps, l’industrie subit de plein fouet la concurrence occidentale, et du fait d’une productivité très inférieure, les entreprises s’effondrent les unes après les autres. Paradoxalement, l’ex-R.D.A. est devenue à la fois un espace de consommation et de chômage.

Sur le plan politique, l’ex-R.D.A est divisée en 5 Länder qui sont intégrés à la R.F.A.. Les entreprises sont privatisées à 65%, 35 % sont liquidées. Mais l’intégration des nouveaux Länder est plus longue, plus coûteuse et plus complexe que prévu.

En effet, l’augmentation des impôts, la baisse des dépenses dans le domaine social et le recours à l’emprunt ont financé cet effort gigantesque. De ce fait, l’endettement public de faible est devenu très fort et le mécontentement est apparu dans la population ; à l’Ouest à cause du coût de la réunification jugé trop élevé, à l’Est, à cause du chômage très fort (20% de la population active) et d’un niveau de vie qui reste bas. Ces désillusions entretiennent dans les faits la persistance de 2 Allemagnes qui s’opposent par un niveau de vie moyen inégal et des mentalités restées différentes.

b) Une nouvelle dimension européenne et internationale.

En septembre 1990, le Traité de Moscou reconnaît la pleine souveraineté de l’Allemagne et prévoit le retrait de toutes les troupes d’occupation. Puis un vote du Bundestag, rend à Berlin son rôle de capitale. L’Allemagne redevient une nation à part entière et voit de ce fait son rôle extérieur majoré.

Située au cœur de l’Europe, l’Allemagne réunifiée bouleverse l’équilibre européen jusque là marqué par l’affrontement Est-Ouest. Ce bouleversement s’est fait sentir dans 2 directions différentes :

1) En Europe centrale, l’Allemagne se trouve entourée d’une myriade de petits Etats, dont certains connaissent de grosses difficultés économiques. De ce fait, l’Allemagne apparaît comme le pôle unificateur de cet espace qui constitue pour elle une zone d’influence potentielle.

2) A l’Ouest, l’Allemagne fait figure de membre n°1 de l’U.E. et ces dernières années, elle a eu tendance à prendre dans la construction européenne le rôle moteur jusque là occupé par la France. La politique européenne de l’Allemagne est organisée selon trois axes :

- mener à bien l’union monétaire en faisant de l’Euro une monnaie forte.

- aboutir à une union politique de type fédéral.

- faire une Europe à plusieurs vitesses qui puisse s’élargir vers l’Est (Pologne, Hongrie........).

Par ailleurs, ce regain d’influence en Europe constitue pour l’Allemagne un bon tremplin pour grandir sa stature à l’échelle mondiale.

En effet, le gouvernement fédéral veut que l’Allemagne assume une responsabilité internationale en adéquation avec sa situation géopolitique et économique. Même si sa puissance militaire reste limitée (1,7% du P.I.B. consacré à la défense contre 3% en France et 4% au E.U.), l’Allemagne peut maintenant participer à des opérations militaires internationales. D’autre part, elle a demandé un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité. L’allemand n’étant pas langue internationale et la présence allemande dans le monde étant des plus limitée, contrairement à la France par exemple, cette revendication est essentiellement justifiée par le poids qu’a acquis la puissance économique allemande.

 

Conclusion : La réunification a donné une nouvelle dimension à l’Allemagne sur le plan à la fois économique et extérieur mais elle a aussi perturbé les structures du pays : à l’Ouest, les équilibres financiers, sociaux et spatiaux hérités du " miracle allemand " ont été bousculés et les 5 nouveaux Länder de l’Est se révélent aujourd’hui profondément traumatisés.

Du fait de la place majeure qu’elle occupe aujourd’hui en Europe, et plus paticulièrement au sein de l’U.E., cette phrase du Général de Gaulle s’applique plus que jamais à l’avenir de notre continent " C’est le destin de l’Allemagne que rien ne peut être bâti sans elle ".